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Art Blakey, drums

Blakey

On sait bien peu de choses des premières années d’Art Blakey, né le 11 octobre 1919 à Pittsburg, en Pennsylvanie, dans une famille pauvre et très religieuse, mais la légende veut qu’il ait travaillé un temps à la mine et dans une aciérie avant de ne plus se consacrer qu’à la musique autour de ses vingt ans.

Pianiste à l’origine, dans un big band local inspiré par Count Basie, Blakey passe rapidement à la batterie dès le tournant des années 40 pour accompagner la pianiste Marie-Lou Williams et finalement intégrer l’orchestre de Fletcher Henderson (1943-44). Repéré par Billy Eckstine il est engagé dans son big band moderniste réunissant la fine fleur des jeunes boppers (Dizzy Gillespie, Oscar Pettiford, Fats Navarro, Sonny Stitt, Miles Davis). Il y restera jusqu’à sa dissolution en 1947. Comme de nombreux jeunes Noirs Américains de l’époque s’interrogeant sur leurs racines africaines il se convertit à l’Islam et prend comme nom Abdullah Ibn Buhaina. Propulsé leader d’un big band participatif, The Seventeen Messengers, attiré par les nouvelles orientations prises par le jazz, il se rapproche de musiciens comme Sonny Rollins, Bud Powell, Miles Davis ou encore Thelonious Monk. Il participe aux premières séances Blue Note du pianiste en 1947 et dès le tournant des années 50 devient l’un des batteurs les plus en vue de la nouvelle scène (au même titre que Kenny Clarke et Max Roach), multipliant collaborations et enregistrements (Fats Navarro, Dexter Gordon, Sonny Stitt, Miles Davis, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Lucky Millinder, Buddy DeFranco…) Il débute alors une association féconde avec le pianiste Horace Silver, codirigeant en sa compagnie une série de groupes parmi lesquels un quintet composé de Clifford Brown à la trompette, Lou Donaldson au saxophone alto et Curly Russell à la contrebasse, dont l’enregistrement public en 1954 sur Blue Note fait sensation (“A Night at Birdland”) en s’imposant comme le manifeste esthétique d’un nouveau courant, le hard bop.

Poursuivant leurs recherches dans le sens de cette synthèse entre les avancées formalistes du bebop et les fondamentaux de la musique noire que sont le gospel et le blues, Silver et Blakey forment dès 1955 un nouveau quintet (avec Hank Mobley et Kenny Dorham) auquel ils donnent pour la première fois le nom de Jazz Messengers. Lorsque l’année suivante Silver quitte la formation, Blakey en devient seul le leader. Tout en continuant un temps de participer à de nombreuses séances en tant que sideman (Herbie Nichols, Donal Byrd, Cannonball Adderley, Gigy Grice, Jimmy Smith, Kenny Burell, Grant Green, Lee Morgan) le batteur va dès lors animer de son génie rythmique, de sa flamme, de son flair et de son sens de l’organisation, ce groupe qui en quelque 35 années d’existence va s’affirmer comme l’un des plus influents de l’histoire du jazz — en faisant non seulement le principal véhicule de ses goûts et de ses orientations musicale mais un incubateur de jeunes talents exceptionnel duquel sortiront au fil des années des musiciens aussi importants que Johnny Griffin (1957) Lee Morgan (58-61), Wayne Shorter (59-64), Freddie Hubbard (61-65), Woody Shaw (69-73) Wynton Marsalis (80-82), ou encore Terence Blanchard (82-86)…

Au gré des formules, des époques et selon la sensibilité des divers musiciens qui en prendront successivement la direction musicale, les Jazz Messengers s’aventureront parfois sur des territoires idiomatiques reflétant l’humeur des temps mais jamais ne rompront avec les formes archétypales du hard bop, Blakey, derrière ses fûts, avec ce sens du tempo, de l’accentuation et de la relance inimitables, assurant la continuité tant au niveau du style que de l’esprit.
Infatigable “gardien de la flamme”, Art Blakey dirigera son orchestre jusqu’à la fin des années 80, participant même occasionnellement à quelques séances d’enregistrement en tant que sideman (“Magical Trio” avec James Williams) et à des concerts-hommages réunissant de grandes gloires de l’histoire du jazz (Jackie McLean, Freddie Hubbard, Johnny Griffin).

Il meurt à New York, au St. Vincent's Hospital and Medical Center, le 16 octobre 1990, des suites d’un cancer du poumon.